jeudi 25 février 2016

Hotel Los Amigos ...


Sur les pieds du volcan Conception, dans l'île d'Ometepe, une auberge plutôt rococo, cornes de boucs et autres trophées, murs de crépis pomme verte et pâle saumon, sur un plancher lissé rouge oxide, sans vraiment d'intérieur ou d'extérieur, au fond le four à pizza éteint depuis longtemps, le dôme en forme de Stromboli, l'éruption peinte sur le mur, la palette enfariné et ustensiles suspendus dans le temps, les chambres tout autours, devant l'écran catodique portatif accrochée au mur, qui illumine d'un vieux film mal postsynchronisé, la gérante presque naine et jolie, sur une chaise sculptée de tronçons d'arbres gigantesques, se balance les jambes trop courtes en allaitant bébé, aux côtés de jeunes filles normalement petites, décoratives, et l'autre avec casquette et torse nu athlétique, toujours, à son cou un trop jeune et attendrissant singe borgne s'agrippe, durant qu'il grignote des tranches de pain blanc, ou qu'il bricole des vélos venus de nul part, sans tournemain, et le soleil brûlant fait craquer la tôle ondulée qui sert de toiture, et aux coins de la tribune, crache d'une sono allégorique une improbable musique juste assez trop forte, entre traditionnelles locales et noces toscanes, que personne écoute, sous des effets lumières colorées inutiles ou boule-miroir électronique, et observant ce bar-restaurant sans menu, notre regard interrogatif d'appétit en désarroi, croise l'aubergiste napolitain, grand gris ras et enveloppé, l'accent latino-italien, proposera des pâtes "a la carbonara", concoctés avec des restes, aussi authentiques qu'inattendues et délicieuses, récits de voyages arrosés de nectar des Abruzzes, à la table numéro 10, et le chat au centre de la place, qui s'étire de son sommeil, dehors deux perroquets verts, un borgne aussi, répètent "buenas" ou "hola" au passage, pratiquent aussi en cage un kung-fu rare et complexe, et la chaleur qui pèse, sur la 4 suintent encore les ruines fraiches de litres-et-demi de bières locales, va-et-vient furtif de chambreurs, sur cette micro-Italie nicaraguayenne, où règne de peu le tourisme canadien, avec d'Ouest en Est son britano-colombien, les saskatchewannaises et nous québécois, multiples univers parallèles et polyglotes, engrenage silencieux, l'espace d'un temps, microcosme édénique surréaliste, ou simplement l'idée d'un séjour agréablement difficile à définir, quelque part sur une île enchanteresses.



La place rouge était vide ...



Une partie de la diaspora canadienne ...



Le traversier ...


- XOXO -


dimanche 21 février 2016

La Douanerie, ce nouveau pays ...

Passeport, permis de conduire, no de série, documents d'entrée, papiers de sorties, etc.
Les paperasses sont numérisés, scannérisés, classés, mnémorisés, et lus comme les paléographes le faisaient devant les premiers hiéroglyphes.
À peine deux yeux sans ses lunettes, protégée par le cocon douillet de la vitre du guichet.
- "Necesito" une photocopie de chacoune ...
- C'est où ?
- 107 mètres à gauche, juste à côté de l'édifice au toit rouille.
- Et je reviens ici ?
- Ben oui! (elle a dit ça???)
- Gracias
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

Une cabane qui tient tout juste debout, trois murs.
Six ou sept personnes qui y dorment à l'ombre d'un doute.
Le jeune homme en gaminet d'un blanc douteux devant une "Xerox" bancale propose un regard rare et surtout torve.
- Ici pour les copies ?
- Si! En pointant du nez la file indigène de gens tenant papiers en main comme papier-main ...
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

- Voici les documents et les copies.
Elle regarde au travers de ses lunettes de corne et retourne et replace et tapone et aligne et agrafe le coin gauche en haut et dépose au bout de la table, entre le numériseur et la corbeille à papier. Elle inscrit à l'interface-homme-machine quelque chose de sûrement très difficile car elle n'insiste pas et dare dare tamponne et parafe chacuns des sauf-conduits, laissez-passer, dispenses, décharges et autres licences et autorisations.
Retend le tout,
- "Necesito" une photocopie des documents tamponnés pour l'homme de la barrière, une pour le bourreau de l'immigration, deux pour l'enregistrement des motocicletas, deux pour les archives et encore une autre pour certifier la fumigation de celles-ci.
- la fumigation !?!
- C'est tout ?
- Si !
- Gracias
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

Retour en file pour la photocopieuse, où l'autre préposé qui l'opère maintenant affiche un air encore plus inédit et semble décontenancé par sa machine clignotante de partout en ouvrant au hasard un après l'autre les compartiment de celle-ci comme si c'était un lave-vaisselle ...
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

Retour en file devant le guichet.
Le nouveau monsieur demande d'une ton en fa mineur diminué de mettre les quatre doigts de la main gauche sur la petite vitre verte de la machine drabe ici, les quatre de la dextre à la même place, les deux pouces parallèles aussi ... Apoya plussss dit-il ...
Regardez ici ou là pour la photo. Ça est identification ...
- "Necesito" l'estampille de la police de la inspection de la véhicule.
- Où est-elle ?
- Coutumièrement au bout du couloir, la porte qui n'est pas verrouillée ...
- Gracias

Un type édenté passe la serpillière.
- Pardon! Savez où est l'agent ?
- À de rare exceptions près au pupitre de la police à l'entrée.
- Et le pupitre ?
- Vert !
- Gracias

Au pupitre un homme debout assemble nonchalamment bout à bout deux bouts de bambous avec deux vis vis-à-vis, m'enfin!...
- Pardon! Où est l'agent ?
- Rituellement dans sa voiture au stationnement.
- Celui-ci ?
- Non, l'autre de l'autre côté du bâtiment à gauche, peut-être à droite.
- Gracias

Devant un "pickup" blanc balisé "Policia" en bleu, un pauvre hère balaye à peu près rien. Le fond de l'hère effraie ...
- Pardon! L'agent ?
- Dans la majorité des cas, à cette heure il se peut que ...
- Queu ?
- Foullouw me!
- Devant un pousse-pousse transformé en piano, trois tables boiteuses en plastique. Assis à la moins chambranlante, sous l'ombre d'un parasol déchiré, deux policiers en uniforme impeccable, le képi reversé à la manière du musicien, devant deux Coca Cola chaud et les restes de quelque chose de douteux où se trouve aussi le sceau oblitérateur convoité.
D'un geste désinvolte de celui qui ne dormait pas. sans se vider les oreilles de ses écouteurs, les photocopies sont cachetées. Facile ...
- Gracias

- Amigo !
- Hein !
- "Necesito" la assurance !!!
De se faire apostrophé par la demoiselle venue d'une table posée dehors, près du conteneur à déchets, au sourire qui en dit long sur l'état de la santé publique, agrippant ses formulaires à deux mains.
- Les papiers de los motocicletas por favor, avec une moue suspecte.
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...
Et avec pas de photocopie ?
Hein !!!

Enfin on est parti ...
Nous enfilons casques et blousons sous le soleil d'étain.

À la barrière de cônes oranges, le sous-officier, avec l'air bonnasse de celui qui sait, annonce fièrement :
- "Necesito" le timbre! Ici! Juste là!"
- Et ce juste là c'est où ?
- Au guichet ...

Quel cirque !!! Qui plus est aller-retour ... M'enfin!


- XOXO -

Quelques photos éparses:














lundi 8 février 2016

Il y a soudain des lieux ...

Il y a soudain des lieux par hasard où l'on passerait tout notre temps, doucement, sans complications, à la cadence de la vague brisante sur la plage quasi déserte.
Où le soleil se lève à gauche et se couche à droite.
Et disons au sud, droit devant, 90 mètres de marnage, sable humide et frai, et en bas de l'horizon, l'antarctique...
Il y a soudain des lieux par hasard où le temps n'est présent que par l'alternance du jour et de la nuit.
Où l'on se laisse ensorceller par la routine des heures de repas.
Il y a soudain des lieux par hasard où l'excitation nous saisi par la contemplation d'une marche éphémère et maladroite vers la mer qu'une tortue nouvelle née fera vers son destin.
Au milieu de nul part, entre deux Amériques, un minuscule et discret rond-point international, rencontre de surfeurs, de rêveurs solitaires ou de naufragés de la route ...
Où l'on se plait fort à imaginer lieu commun à des peut-être Hemingway ou Gauguin ou Brel ...

La Tortuga Verde, El Salvador



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Zut!
On a seulement mangé une pointe de pizza au Honduras ...

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Nicaragua: Chinandega, Leon ... On y reviendra.

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Costa Rica:

San José était depuis le début du voyage une destination obligé, pour un toilettage de mi-parcours aux deux bécanes.
À la sortie du concessionnaire, les motos étaient resplendissantes et avaient fières allures. Elles étaient méconnaissables.
Nous les avons bien sûr ré-équipé et tout de suite empoussièré sur les chemins non pavés.
Du repos autour de l'Arenal, sous la pluie ou dans l'eau chaude.



Plus on plonge dans l'entonnoir de l'Amérique Centrale, plus l'accès aux deux océans est facile.
On se mouille l'orteil dans l'un et à peine le temps de chèsser que l'on mouille l'autre dans l'autre.
D'ailleurs après Puerto Viejo, Caraïbe, ce sera l'autre bord, la péninsule de Osa.
Le Pacifique est du côté cours ou du côté jardin ?













- XOXO -