lundi 16 mai 2016

Le désert, ou parler à propos de rien.


En traversant la Mer de Cortès, de Topolobampo à La paz, en basse Californie, on est entré dans le désert, sans se douter de rien.

Chacun sait, ou croit savoir, ce qu'est un désert: un lieu aride dépourvu de vie, un lieu "peu fréquenté", à l'écart des zones habitées. Un rien qui l'air de rien n'a rien qui vaille qu'on s'y attarde.
Amalgame de pierraille, jardin de nopales, parade de cactus debout comme une foule espacée également, les bras gesticulant une chorégraphie inerte ou un sémaphore improbablement figé, émettant un message qui ne dit rien.
Immense carré de sable parsemé d'arbustes chétifs. Plate étendue marquant d'un trait net l'horizon, la frontière du ciel et de la terre.
Tantôt une "mesa" impressionnante, mise en relief par l'érosion du sol environnant son plateau. Les strates de sédiments horizontales ou obliques, colorés d'ocres, de rouges, de bleus, de gris, comme seul couleur.
Parfois le sol prend un air lunaire, enfin ce que peut se figurer notre imagination d'un sélénite assis sur quoi que ce soit.
La chaleur ondule l'air ambiant et provoque des effets de mirages et de distortions visuelles, par instant la chaussée semble mouillée.
L'endroit apparaît à priori offrir aucun stimulis extérieur pourtant: le bruit des sens, le chant des dunes quand les grains de sable entrent en résonnances, le goût cuivré de l'inquiétude, l'arôme subtile du vent, le trouble visuelle de la lumière trop vive.
Les "tumbleweeds", cette herbe qui frappe aussi l'imaginaire en roulant sur elle-même, en boule, et s'agglutinant à nos pieds, comme magnétisée.
Et le ciel bleu recouvrant le tout d'un crescendo envoûtant de l'horizon à l'azimut. Et le soleil criant son omniprésence et avalant avec une gourmandise sans vergogne tout l'ombre.
Et la mer qui au détour vient niveler l'horizon et lécher la grève en y laissant une écume salée.
Et qui soudain un oiseau de proie en vol plané au dessus de la savane, rassurant qu'il y a bien de la vie présente.
Celui qui ne connaît pas le silence du désert, ne connaît pas le silence, disait untel.
Dans le désert, tu ne peux te rappeler ton nom ... Disait l'autre.

Le désert employé au sens figuré. C’est le lieu réel ou symbolique de l’épreuve inévitable de celui qui se cherche. C’est au désert, dans l’aridité immatériel ou le dénuement physique, que l'homme vérifie ses convictions.
Qu'il soit géographique ou intérieur, le désert est une expérience à vivre.
S'y trouver porte à la rêverie, envahi la raison, converge les perceptions.

Le Chihuahua, le Plateau du Colorado, Désert des Mojaves, de Sonora.
Mexique, Nouveau Mexique, Californie, Arizona, Colorado.
Fait étonnament, dans tout ces déserts notoires, il y a toujours une maison, une roulotte, quelqu'un d'installé quelque part, au centre de nul part, à gauche ou à droite, motivé par quelques desseins obscurs.

Mais le désert n'est pas toujours où l'on pense.

En Amérique Latine, les gens, les femmes, les hommes, les enfants, les chats les chiens, toute la vie est dehors à jouer, travailler, cuisiner, flâner, rêver.
De l'autre côté de la frontière, au nord, les habitants font sûrement la même chose, les mêmes rêves probablement, mais à l'intérieur de quelque chose comme une maison, une voiture, un commerce, une boîte ...
Les cours, les places, les jardins, les trottoirs sont "déserts", vides ...
Tout est pensé et structuré et imaginé pour la voiture. Une manière de vivre en "drive-in".
Il n'y a plus rien, maintenant qu'il y a tout. Pourtant, il y manque un petit rien, un rien du tout ...

Épilogue:
En traversant la Mer de Cortès, de Topolobampo à La paz, en basse Californie, en Baja californienne, enfin au Mexique; on a aussi quitté, mine de rien, le Mexique !!!


- XOXO -