Sur les pieds du volcan Conception, dans l'île d'Ometepe, une auberge plutôt rococo, cornes de boucs et autres trophées, murs de crépis pomme verte et pâle saumon, sur un plancher lissé rouge oxide, sans vraiment d'intérieur ou d'extérieur, au fond le four à pizza éteint depuis longtemps, le dôme en forme de Stromboli, l'éruption peinte sur le mur, la palette enfariné et ustensiles suspendus dans le temps, les chambres tout autours, devant l'écran catodique portatif accrochée au mur, qui illumine d'un vieux film mal postsynchronisé, la gérante presque naine et jolie, sur une chaise sculptée de tronçons d'arbres gigantesques, se balance les jambes trop courtes en allaitant bébé, aux côtés de jeunes filles normalement petites, décoratives, et l'autre avec casquette et torse nu athlétique, toujours, à son cou un trop jeune et attendrissant singe borgne s'agrippe, durant qu'il grignote des tranches de pain blanc, ou qu'il bricole des vélos venus de nul part, sans tournemain, et le soleil brûlant fait craquer la tôle ondulée qui sert de toiture, et aux coins de la tribune, crache d'une sono allégorique une improbable musique juste assez trop forte, entre traditionnelles locales et noces toscanes, que personne écoute, sous des effets lumières colorées inutiles ou boule-miroir électronique, et observant ce bar-restaurant sans menu, notre regard interrogatif d'appétit en désarroi, croise l'aubergiste napolitain, grand gris ras et enveloppé, l'accent latino-italien, proposera des pâtes "a la carbonara", concoctés avec des restes, aussi authentiques qu'inattendues et délicieuses, récits de voyages arrosés de nectar des Abruzzes, à la table numéro 10, et le chat au centre de la place, qui s'étire de son sommeil, dehors deux perroquets verts, un borgne aussi, répètent "buenas" ou "hola" au passage, pratiquent aussi en cage un kung-fu rare et complexe, et la chaleur qui pèse, sur la 4 suintent encore les ruines fraiches de litres-et-demi de bières locales, va-et-vient furtif de chambreurs, sur cette micro-Italie nicaraguayenne, où règne de peu le tourisme canadien, avec d'Ouest en Est son britano-colombien, les saskatchewannaises et nous québécois, multiples univers parallèles et polyglotes, engrenage silencieux, l'espace d'un temps, microcosme édénique surréaliste, ou simplement l'idée d'un séjour agréablement difficile à définir, quelque part sur une île enchanteresses.

La place rouge était vide ...

Une partie de la diaspora canadienne ...

Le traversier ...
- XOXO -
Délicieux de te lire...brelle plume!
RépondreSupprimerBelle phrase... J'ai pris une longue respiration à la fin :-)
RépondreSupprimerLa vie semble douce. Merci di récit.