dimanche 21 février 2016

La Douanerie, ce nouveau pays ...

Passeport, permis de conduire, no de série, documents d'entrée, papiers de sorties, etc.
Les paperasses sont numérisés, scannérisés, classés, mnémorisés, et lus comme les paléographes le faisaient devant les premiers hiéroglyphes.
À peine deux yeux sans ses lunettes, protégée par le cocon douillet de la vitre du guichet.
- "Necesito" une photocopie de chacoune ...
- C'est où ?
- 107 mètres à gauche, juste à côté de l'édifice au toit rouille.
- Et je reviens ici ?
- Ben oui! (elle a dit ça???)
- Gracias
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

Une cabane qui tient tout juste debout, trois murs.
Six ou sept personnes qui y dorment à l'ombre d'un doute.
Le jeune homme en gaminet d'un blanc douteux devant une "Xerox" bancale propose un regard rare et surtout torve.
- Ici pour les copies ?
- Si! En pointant du nez la file indigène de gens tenant papiers en main comme papier-main ...
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

- Voici les documents et les copies.
Elle regarde au travers de ses lunettes de corne et retourne et replace et tapone et aligne et agrafe le coin gauche en haut et dépose au bout de la table, entre le numériseur et la corbeille à papier. Elle inscrit à l'interface-homme-machine quelque chose de sûrement très difficile car elle n'insiste pas et dare dare tamponne et parafe chacuns des sauf-conduits, laissez-passer, dispenses, décharges et autres licences et autorisations.
Retend le tout,
- "Necesito" une photocopie des documents tamponnés pour l'homme de la barrière, une pour le bourreau de l'immigration, deux pour l'enregistrement des motocicletas, deux pour les archives et encore une autre pour certifier la fumigation de celles-ci.
- la fumigation !?!
- C'est tout ?
- Si !
- Gracias
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

Retour en file pour la photocopieuse, où l'autre préposé qui l'opère maintenant affiche un air encore plus inédit et semble décontenancé par sa machine clignotante de partout en ouvrant au hasard un après l'autre les compartiment de celle-ci comme si c'était un lave-vaisselle ...
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...

Retour en file devant le guichet.
Le nouveau monsieur demande d'une ton en fa mineur diminué de mettre les quatre doigts de la main gauche sur la petite vitre verte de la machine drabe ici, les quatre de la dextre à la même place, les deux pouces parallèles aussi ... Apoya plussss dit-il ...
Regardez ici ou là pour la photo. Ça est identification ...
- "Necesito" l'estampille de la police de la inspection de la véhicule.
- Où est-elle ?
- Coutumièrement au bout du couloir, la porte qui n'est pas verrouillée ...
- Gracias

Un type édenté passe la serpillière.
- Pardon! Savez où est l'agent ?
- À de rare exceptions près au pupitre de la police à l'entrée.
- Et le pupitre ?
- Vert !
- Gracias

Au pupitre un homme debout assemble nonchalamment bout à bout deux bouts de bambous avec deux vis vis-à-vis, m'enfin!...
- Pardon! Où est l'agent ?
- Rituellement dans sa voiture au stationnement.
- Celui-ci ?
- Non, l'autre de l'autre côté du bâtiment à gauche, peut-être à droite.
- Gracias

Devant un "pickup" blanc balisé "Policia" en bleu, un pauvre hère balaye à peu près rien. Le fond de l'hère effraie ...
- Pardon! L'agent ?
- Dans la majorité des cas, à cette heure il se peut que ...
- Queu ?
- Foullouw me!
- Devant un pousse-pousse transformé en piano, trois tables boiteuses en plastique. Assis à la moins chambranlante, sous l'ombre d'un parasol déchiré, deux policiers en uniforme impeccable, le képi reversé à la manière du musicien, devant deux Coca Cola chaud et les restes de quelque chose de douteux où se trouve aussi le sceau oblitérateur convoité.
D'un geste désinvolte de celui qui ne dormait pas. sans se vider les oreilles de ses écouteurs, les photocopies sont cachetées. Facile ...
- Gracias

- Amigo !
- Hein !
- "Necesito" la assurance !!!
De se faire apostrophé par la demoiselle venue d'une table posée dehors, près du conteneur à déchets, au sourire qui en dit long sur l'état de la santé publique, agrippant ses formulaires à deux mains.
- Les papiers de los motocicletas por favor, avec une moue suspecte.
Oune dollar oune peso oune quetzal oune colon oune lempira oune cordoba mais pas de monnaie ...
Et avec pas de photocopie ?
Hein !!!

Enfin on est parti ...
Nous enfilons casques et blousons sous le soleil d'étain.

À la barrière de cônes oranges, le sous-officier, avec l'air bonnasse de celui qui sait, annonce fièrement :
- "Necesito" le timbre! Ici! Juste là!"
- Et ce juste là c'est où ?
- Au guichet ...

Quel cirque !!! Qui plus est aller-retour ... M'enfin!


- XOXO -

Quelques photos éparses:














3 commentaires:

  1. Telllllllllemnt vrai et drôlement raconté. Ton récit me fait rire. Disculpe, a dondé es,
    Aqui, para ya, necesito, Qué?, gracias, cuanto cuesta et ça recommence. Toutes ces aventures, ça vaut bien quelques pesos, quetzales, colónes, lempiras et cordonas. Bon retour. Bises XXX

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  2. Ah mon Dieu, mort de rire mais en meme temps capable d'imaginer la scène!soyez patient...après tout vous etes en vacances!xxx

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  3. Tellement vrai! Que de beaux souvenirs.

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