vendredi 15 avril 2016

Le dimanche à San Miguel, c'est le jour de mariage ...

Ce premier dimanche d'avril était la fête de la Quasimodo, ou depuis déjà une quinzaine d'années le Dimanche de la Miséricorde Divine. Le ciel habillé de son plus beau bleu ciselait les fioritures saumons du clocher de la grande et fière église de la paroisse de Allende, où l'ombre de la croix dressée sur la pointe de la flèche, en après-midi, se dépose et balais le sol de la place centrale qu'on appelle ici au Mexique "zocalo" mais que partout en Amérique Latine on nomme "centro".

C'était le jour où Beto et Pétula ont dansé le fumeux tango. Pétula serait encore jolie si elle n'avait pas mise tant de soin à paraître jolie. Ce qui lui donnait un air de La Calavera Garbancera dit "La Catrina" - mais sans chapeau. Beto lui, ses cheveux gris encore bien fournis comme la majorité des gens de son âge, avait enfilé sa belle chemise à col ouvert bleu comme le ciel de San Miguel de Allende et avait éteint ses barbacoas en cette occasion de danse publique.

C'était le jour du mariage de Guadalupe et du blondinet septentrionnal un peu figé. Elle était enfin revenue du nord où après l'université elle avait dénichée un travail, un pays, une ville et évidemment un prétendant, et l'avait ramené avec toute sa famille de blondinets trop pâles pour se marier chez elle. Aujourd'hui, elle était radieuse. La noce, la famille et déjà un polichinelle dans le tiroir, elle avait presque l'air et le sourire de Lupita Jones, presque l'air mais totalement le sourire. Lupa est mexicaine et restera mexicaine, même au nord.
Le septentrion blondinet le découvrira bien en prenant conscience avec le temps que sa futur avait déjà plutôt l'âme d'une Frida Kahlo, mais sans les soucis.

C'était le jour où Maria Isabel Rangel n'aurait pas dû passer par là.
Elle revenait du mercado dominicain avec sa tante Luz quand le son de la salsa venu des hauts-parleurs installés autours du kiosque et son maire planté au centre attira son attention. Après quelques pas de danse avec comme partenaire sa tante Luz, ne fut-elle pas invitée à son grand bonheur par ce gaillard au origines aztèques, à la casquette noir des Yankees de New York et au Ray-Ban aviateur verte, charmée par ce sourire à l'incisive d'or, et qui sera de suite envoutée par la maîtrise parfaite de la salsa de celui-ci et ce déhanchement unique, duquel elle profita presque qu'à l'abus, pour maintenant rêver de tout son être de prendre le nom de ce beau cavalier, Francisco Cuauhtemoc Ojeda Rodriguez, inspirée par ce jour de mariage et de danse publique comme toujours ensoleillé.

C'était aussi Emiliano, invité avec insistance par le maire lui-même à la danse de la place en ce dimanche, mais retenu par la honte de ses chaussures sales, lui qui pourtant tenait fièrement une zapateria, qui rêvait surtout d'avoir été un jour "El Claudillo del Sur" mais n'avait de Zapata que l'enseigne de sa zapateria. Il avait omis l'entretient de celle-ci tant l'invitation l'avait pris par surprise. Et cherchait maintenant férocement un de ces cireurs de souliers qui rôdent toujours au zocalo mais qui pourtant invisible aujourd'hui jour de noce, leurs boîtes d'encaustiques laissées sous les bancs publiques.

Au zocalo de San Miguel de Allende, devant l'église baroque mexicaine, en ce jour de noce de la belle Lupa, droit debout au centre du kiosque, avec une petite larme au coin de l'oeil, Rodolfo Jurado, l'enfin maire mais encore intérimaire, dirige ou plutôt règne sur la danse et à ses "Sanmiguelense". Pas peu fier, il aurait invité tout l'état de Guanajuato si il avait pu. San Miguel de Allende maintenant incluse au patrimoine mondiale de l'humanité, ce qui lui fait bomber la poitrine tel un coq malgré l'intérim et l'absence de son nom sur la plaque de bronze au coin de l'édifice Allende. Il présenta Beto et Pétula en tenant le micro tel un Elvis se lissant les cheveux et le sourire en virgule.

C'est avant même la fin du tango fumant que les Mariachis sans scrupules se sont fait une place en envahissant le kiosque par toutes ses entrées en jouant du coudes et aussi de leurs instruments, les coulisses des trombonnes tenant en respect les danseuses et partenaires. Le maire à regret dû céder le plancher aux nouveaux jeunes mariés tout sourire dehors ainsi que les deux belles familles respectives, qui ne pouvaient se confondre tant les blonds au yeux bleus étaient blond aux yeux bleus. L'image était belle : Au zocalo de san Miguel de Allende, bordé d'arbres et d'arches de fer grimpés de magnifiques bougainvillées rouges violacés, un kiosque où la forme rappelait que trop bien un "sombrero", une douzaine de sombreros plus petit mais non moins discrets disposés en périphérie et avec sous chacun qui un cuivre, qui un bois, qui un accordéon et qui même un sousaphone, et au centre momentanément à la place du pas peu fier maire, Guadalupe toute blanche et le blondinet figé tout noir, avec autour les belles familles en couleurs, les danseuses et partenaires-publiques-privés, et les badauds dans la mêlée.

Et nous et nous, étions en retrait stratégique, sur la place rouge imaginaire, assis au Café Pouchkine, au centre du Grand Mexico, sirotant une cerveza bien froide, moi et mon jolie guide, Natalia Allegria ...

Et le soleil qui luit aussi sur toute les autres villes endimanchées du Mexique ...


- XOXO -

1 commentaire:

  1. Ça t'nspire drôlement les mariages! Une chance que cela ne t'as pas donné le goût...Je l'aurais manqué!

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